« L’Aile des vierges » – Autant en emporte Maggie

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{L’Aile des vierges, Laurence Peyrin – Calmann-Lévy}

Ma Lolo, j’étais partie pour écrire comme à chaque fois un texte moulé dans un 36, fin, lisse et bien joli. Sauf que ce n’est pas ma taille, et on le sait toutes les deux.

Les formes, ça donne un bel emballage mais ça ne dit jamais l’essentiel, ce qui vibre à l’intérieur. Et moi, je déborde de vibrations qui explosent les standards condescendants.

Et puis hier matin, j’ai posté cette photo avec le début de quelque chose sur l’écran en te taguant sur Insta et tu m’as envoyé ce SMS: « Bon, du coup j’en déduis que tu as aimé… », Smiley interrogateur.

Et je me suis dit : « Punaise, Alex, tu ne peux pas parler de Maggie en restant à la surface. Tu dois te faire violence et t’autoriser à écrire à cœur ouvert et consentant. Et tant pis si tu te sens vulnérable ! Si ce n’est pas parfait. Parce que c’est bien de ça que Maggie nous parle : ce pouvoir de libération et d’abandon qui nous fait sentir vivant ».

Après deux essais foireux, j’ai décidé de t’écrire à toi, rien qu’à toi, puisque finalement dans ce fragment de vie que j’ai adoré, il n’y a que toi, Maggie et moi.

Ce roman, Lolo, je l’ai littéralement adoré. Ca fait déjà 3 semaines que je l’ai refermé et il résonne encore en moi comme une vague d’émotions qui me donnent des ailes. Je ne suis pas une grande lectrice qui dévore trois livres par semaine. Je n’ai pas l’esprit critique d’un intellectuel mais je suis un être émotionnel et je peux te dire que ton livre, et l’histoire de Maggie, cette héroïne qui transcende le temps et les époques, est bourré d’émotions, de sensations et d’images.

Je n’ai pas retenu les mots, je n’arrive pas non plus à me souvenir de cette fameuse citation sur l’amour que Maggie et Sir John aiment se chuchoter à l’oreille, mais je retiens ton histoire comme une photographie. Parce que tu as la magie, le talent de projeter ton lecteur à l’intérieur de l’histoire. Comme dans un film sur grand écran, mais sans les popcorn, on n’a pas le temps pour les popcorn tellement tu captes toute notre attention.

Ton écriture est palpable, émotionnelle, sensorielle, olfactive, évidente

J’ai des séquences de L’Aile des vierges imprimées pour toujours :

  • Maggie dans sa robe rouge à pois blancs qui court haletante, confuse, à la fois désordonnée et tellement déterminée sous la pluie vers la gare de ses amours,
  • Sir John, suave et ténébreux, et sa façon si particulière de faire rouler sa cigarette entre ses doigts, ses yeux, si intenses, pétillants et bienveillants,
  • les jardins verdoyants, la falaise abrupte à l’horizon, l’océan si plein d’espérance,
  • les yeux ultra violets de Pippa-ma-Chère et sa manière à la fois hautaine et désinvolte de cacher ses failles derrière les dorures, la haute couture et cette voix si aigue,
  • la folie douce de Sir Albert qu’on devine dans ses silences,
  • la vie rêvée de Clémencie et cet arbre, cet arbre si plein de poésie,
  • le soleil de l’Afrique et les parfums de Brooklyn, New York encore et toujours et son énergie surnaturelle,
  • la condition des femmes de 46, leurs convictions, leurs combats, leur schizophrénie à devoir se positionner entre la bienséance du politiquement correct et ce besoin viscéral de s’affirmer, être soi,
  • le courage et la force de caractère de Maggie, sa fragilité et sa sensibilité aussi,
  • le désarroi des hommes, l’impuissance parfois,
  • la sensualité qui transpire dans chacun de leurs regards, qui se croisent, furtifs et profonds,
  • ce doux sentiment d’avoir envie de s’enlacer sans jamais s’en lasser…

On est bien d’accord pour dire que ton roman n’a absolument rien de virginal si ce n’est la découverte de l’amour, le vrai, le pur, l’inconditionnel, dans sa forme la plus affranchie. Il n’y a de vierge dans cette histoire que le chaton adopté par Maggie qui n’est autre qu’un ange protecteur pour Sir Albert. L’Aile des vierges n’est pas un roman romanesque à mes yeux.

Et pourtant, qu’est-ce que je la trouve romantique ton histoire. Pas seulement dans l’amour naissant et tumultueux entre Maggie et Sir John mais dans le cheminement rocailleux de Maggie à s’aimer elle-même, pour ce qu’elle.

Il est long ce chemin. Tortueux. Plein d’épreuves face au miroir. Face à sa mère et sa grand-mère, féministes, grandes défenseures des droits des femmes, ses références, même dans l’au-delà, qu’elle admire par dessous tout et dont elle veut mériter l’héritage dans sa façon de vivre et d’agir. Comme pour se prouver à elle-même qu’elle est capable du meilleur, quitte à faire le pire.

Elle me parle tellement Maggie. Dans toutes les couleurs de son courage intérieur qui essaie tant bien que mal de satisfaire aux devoirs qu’elle s’impose à elle-même, s’oubliant au passage, oubliant ses sentiments, sa petite voix intérieure, son propre désir pour assouvir celui des autres, qu’elle croit beaucoup plus grand ! Et en redevenant Martha, en partant loin, en suivant le but qu’elle s’est fixé, elle s’y tient … jusqu’à ce que la vie, cette putain de vie si injuste mais si clairvoyante, lui renvoie en pleine figure qui elle est vraiment.

Et c’est ça qui est beau dans ton livre, et tellement déstabilisant. C’est cette vulnérabilité à s’autoriser à devenir soi. Sans conditions. Quand l’ego, le doute, la peur s’efface enfin devant l’intuition originelle, l’instinct inné, sensé et juste qui est inscrit dans nos tripes et qui fait de nous ce que nous sommes.

Maggie nous apprend qu’il n’y a pas de sacrifice valable face à l’aventure d’être soi. Que la conquête de son être intime transgresse toutes les règles sociétales, familiales, et même sentimentales qu’on se fixe.

Ma Lolo, si j’ai aimé Zelda, Hanna et Miss Cyclone, je peux te dire aujourd’hui que je suis tombée en amour avec Maggie. Ce livre marque pour moi un vrai tournant dans la vie rêvée que tu es en train de te construire, parce que tu es une femme incroyable dans ta faculté à gravir des montagnes, croire que tout est possible, envisager le meilleur et apprécier le bonheur de t’assumer telle que tu es, sans artifices, dans toute ton originalité.

Tu la portes en toi cette une histoire pleine de sens pour moi qui s’inscrit dans le pouvoir de libération et d’abandon, dans l’équilibre entre lâcher prise et tenir bon, dans la vulnérabilité d’une femme à accepter de s’autoriser à faire ce qui lui plaît, ce qui l’anime, à aimer et être aimée, à défier ses peurs, ses freins et ses doutes intérieurs pour vivre enfin le bonheur qu’elle mérite.

With love, Alex

L’Aile des Vierges, Calmann-Lévy

 

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